Quand la France reconnaît l'assassinat du "Jean Moulin Algérien"
Les enjeux des opérations de pacifications mémorielles franco-algériennes.

Le 1er novembre 2024, 70 ans après les attentats de la Toussaint Rouge, Emmanuel Macron a reconnu la responsabilité du gouvernement français dans l’assassinat de Larbi Ben M’hidi.

Officiellement, ce membre du “Groupe des Six” chargé de la Zone Autonome d’Alger, aurait été arrêté par les autorités françaises le 23 février 1957 puis retrouvé pendu dans sa cellule autour du 3-4 mars. Si la version officielle planche pour un suicide, en 2001, le général Aussaresses avoue avoir orchestré et camouflé la torture et l’assassinat de l’indépendantiste. Alors, plus de 23 ans plus tard, le gouvernement reconnaît, à travers un communiqué, la responsabilité française dans son assassinat. Une opération s’inscrivant dans un élan mémoriel, entamé par François Hollande en 2014 et favorisé par le travail de l’association Josette et Maurice Audin, ayant pour but de “faire la clarté” sur les conditions de traitement des prisonniers algériens.
Seulement, le souvenir de cette guerre est encore présent, et lourd, dans une partie de la société française et l’enjeu de sa mobilisation est devenu politique et diplomatique. Le monopole de la mémoire apparaît alors comme un moyen de distinguer UN vainqueur et des “exigences de justice” (Guy Pervillé - 2012) naissent des tous côtés. Le gouvernement algérien, en quête de légitimité, joue de son droit de mémoire pour influencer ses relations internationales avec la France. Et, pour la République Française, l’enjeu est de produire un récit fédérateur alliant Histoire et roman national tout en maitrisant les échanges diplomatiques.
De fait, depuis la reconnaissance de la souveraineté marocaine sur le Sahara Occidental par la France, les relations entre les deux pays sont tendues. A la suite de cet événement, le ministre Algérien des Affaires Etrangères appelait les français à “assume[r] seul la pleine et entière responsabilité”. S’ensuit alors un éloignement et une opposition également influencés par les déclarations de Bruno Retailleau, la question migratoire et l’emprisonnement de Christophe Gleizes.
Dans cette chorégraphie diplomatique, les opérations de pacification mémorielles apparaissent comme des tentatives de compromis quasiment systématiques. Par exemple, le 8 mai 2026, Alice Rufo, ministre française déléguée aux Armées, a participé aux commémorations des Massacres de Setif, Kherrata et Guelma, événements traumatisants et fondateurs de l’identité indépendantiste algérienne. Seulement, leur portée reste limitée et parvient mal à faire face à l’ampleur de la récupération politique de la mémoire. De fait, le combat anticolonialiste - présent dans sa constitution - demeure au centre des débats algériens comme en témoigne le vote, par l’Assemblée populaire nationale algérienne, d’une loi sur la criminalisation de la colonisation française en décembre 2025. Une décision perçue comme une “initiative manifestement hostile” par le Quai d’Orsay.
Ainsi, si comme l’assure Jean-Pierre Chevènement : “La France et l’Algérie ont une relation passionnelle liée à l’histoire”, la mémoire de ce conflit, bien qu’instable, reste un outil de diplomatie et d’influence politique. Cette perception et cette mobilisation des souvenirs pose alors une question essentielle sur la qualité des relations entre les deux pays. Mais, elle fait aussi émerger une réflexion philosophique sur notre perception de la mémoire, de l’histoire et de leurs rôles dans le débat public.
Maximilien Huet.
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