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"Gardez le votre anglais" : le cri Dequoy qui n'en finit pas de hanter le Québec

Trois ans après le “coup de gueule” du joueur de football canadien, la question linguistique s’invite dans la campagne électorale.

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En fin d’année 2023, il a suffi que Marc-Antoine Dequoy s’exprime sur la position du français dans la ligue canadienne de football américain, pour relancer le débat autour de la langue française au Canada. Le joueur de football américain n’a pas hésité à critiquer la surreprésentation de l’anglais au péril du français : “Ils n’ont jamais cru en nous. Tu regardes partout c’est écrit en anglais”. Le : “Gardez le votre anglais”, devenu un meme sur les réseaux sociaux, n’est qu’un épisode d’une bataille bien plus ancienne : celle de la survie du français dans une Amérique du Nord largement anglophone — une bataille qui redevient centrale à l’approche des élections d’octobre.

Parfois considérée comme indésirable, la place de la langue française est discutée depuis son instauration, au même titre que la singularité du Québec. Lieu d’accueil des premiers colons français, la vallée du Saint-Laurent regroupe la grande majorité de la population québécoise, dont 77,8% est francophone. Un cas unique à l’échelle du Canada, majoritairement anglophone. Alors, si “Le Québec forme, au sein du Canada, une société distincte” (J. Chrétien) de par sa francophonie c’est aussi en raison de son histoire et de sa mémoire collective.

Historiquement, cette identité est apparue comme le moyen de faire face à un ordre britannique voulant faire disparaître les particularités afin d’unifier les différentes colonies canadiennes. Alors, si elle était à l’origine une honte, elle est rapidement réapproprié par les francophones eux-mêmes comme un étendard caractéristique de leurs différences. La mémoire francophone québécoise se construit autour du refus de disparaître au sein d’une collectivité anglophone. A tel point qu’en 2022, la Journée Nationale des Patriotes affirme commémorer la “lutte des patriotes pour la reconnaissance nationale de notre peuple”, ici les Québécois par opposition aux Canadiens.

A l’échelle internationale, cette particularité québécoise se caractérise par son appartenance à l’Organisation Internationale de la Francophonie. Ce statut de membre lui permet d’exister en dehors du giron canadien et d’éviter l’américanisation du pays. Sur son site, Le Parti Québécois, défenseur de l’indépendance du Québec, explique vouloir : “Donner naissance au seul pays francophone en Amérique du Nord où la langue française est le socle du vivre-ensemble” (pq.org, 2026).

Alors, la portée du “cri du cœur” (AFRAV, 2023) de Dequoy connaît des échos politiques forts. A son échelle, le sportif a participé à faire traduire une partie des textes présents dans les stades. Au-delà, elle a des répercussions politiques importantes. Reprise en 2023 par le ministre québécois de la Langue Française, il affirmait : “Il faut respecter les Québécois, il faut respecter la langue française” (Le Parisien, 2023). A l’approche des élections générales d’octobre 2026, la qualité de l’application de la Loi 101 (prévoyant la protection de la langue française) et le fonctionnement scolaire québécois ont une place centrale dans les débats.

La Coalition Avenir Québec (CAQ), le Parti Libéral du Québec (PLQ), Québec Solidaire (QS), le Parti Québécois (PQ) et le Parti Conservateur du Québec (PCQ) se font face dans une course aux sièges. Dans le contexte d’une guerre commerciale avec les USA, Christine Fréchette, cheffe de la CAQ, affirme : “Mon adversaire c’est Donald Trump”. Les autres candidats dénoncent une instrumentalisation visant à faire oublier le bilan du parti au pouvoir. Entre la crise du logement montréalaise, le vif débat autour de l’interdiction du voile pour les employés de l’Etat en position d’autorité et les multiples démissions à la tête du gouvernement, la vie politique québécoise connaît une instabilité importante.

Alors, le 5 octobre, date du résultat des élections, dira si le coup de gueule de Marc-Antoine Dequoy restera un moment viral ou sera à l’aube d’un tournant politique.

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