Retour

Après la sécheresse, la France sous l’eau ?

Simple épisode cévenol ? D’une alerte à une autre, la météo dénote mais ne devrait pas surprendre.

Portrait de Maximilien Huet
Maximilien Huet5 min de lecture
Couverture de « Après la sécheresse, la France sous l’eau ? »

Depuis 1990, la France n’avait pas connu un été aussi chaud, avec une augmentation moyenne de plus de 3,6 °C par rapport aux normales de saison. À la mi-septembre, Santé publique France estimait que plus de 8 000 personnes avaient perdu la vie, en partie à cause de ces épisodes caniculaires. Comme nous l’avions expliqué dans un précédent article, les sols, les cultures et les agriculteurs en ont également grandement souffert. Parce qu’elles deviennent si importantes, les fortes chaleurs concernent l’ensemble de la société. Le réchauffement climatique n’est plus une affaire de futur, mais s’impose au présent et questionne nos manières de produire, de consommer et de vivre. Si cette prise de conscience est utile, elle est l’arbre qui cache la forêt. Dans les médias, les termes « canicule », « fortes chaleurs » et « 40 °C » sont souvent accompagnés de la notion de réchauffement climatique. Une notion bien réelle, mais qui, par ses effets difficilement ignorables, participe à invisibiliser la notion de dérèglement climatique. Ainsi, pendant que la sécheresse envahit le débat public, c’est seulement une fois les pieds dans l’eau que la question des inondations se pose.

Aujourd’hui, face aux épisodes d’inondations et aux vigilances orange et rouge, la plupart des médias évoquent des épisodes cévenols. Or, comme l’explique Météo-France, il s’agit d’épisodes « pluvieux et orageux exceptionnels nécessitant un suivi particulier compte tenu des intensités et des cumuls de pluie remarquables et étendus » (Météo-France, 2026). La pluie, les inondations et les orages font aussi partie des conséquences du réchauffement climatique. Quand les températures augmentent, l’air peut stocker plus d’eau, près de 7 % de plus à chaque degré gagné. Les sols deviennent très secs, au point d’être incapables d’absorber l’eau qui s’y déverse. Les effets des fortes pluies et des orages stationnaires sont très importants. Il semblerait qu’un « réchauffement de 2 °C puisse augmenter de 10 à 40 % l’intensité des crues décennales et de plus de 40 % celle des crues centennales » (Roudier, 2016). En parallèle de l’intensification des pluies, le risque d’inondation reste le danger climatique qui concerne le plus de Français. En 2026, selon ClimaScore, plus de 11 millions de logements sont directement concernés et, selon Oxfam, près de 88 % des communes françaises pourraient subir des inondations. Bien qu’il représente près de 700 millions d’euros de dégâts par an, il semble qu’il y ait une forme d’amnésie collective autour des catastrophes ayant touché le territoire. Chaque année, un ou plusieurs événements déclenchent le même cycle : pluies, inondations, émotions, discussions, oublis. En février 2026, la France a été touchée par l’un des épisodes de crues et d’inondations les plus importants de son histoire récente : 88 départements placés en vigilance et 40 jours de pluie consécutifs. Pourtant, depuis, très peu de mesures ont été prises. En dépit des appels des scientifiques à désimperméabiliser les villes, l’État a surtout réagi dans l’urgence à travers des aides et des reconnaissances de sinistres. Mais le problème est plus profond et structurel : l’urbanisme est devenu une machine à inondation.

En réalité, le coupable est moins la pluie, difficilement évitable, que le béton. Comme expliqué précédemment, les sols asséchés par les fortes chaleurs ne parviennent pas à absorber correctement l’eau. Mais un sol complètement bétonné n’absorbe plus rien. D’où l’idée de « désimperméabiliser les sols » (Géoconfluences, Dougnac, 2026). Celle-ci repose sur une critique des pratiques agricoles et immobilières visant, pour les premières, l’homogénéisation et l’intensification des cultures en hiver comme en été. Les secondes, sous la pression foncière, ont favorisé la construction de logements dans des zones inondables et la bétonisation des lieux de ruissellement. Alors, quand deux mois de pluie tombent en quelques heures (francetv, 2026), les fleuves débordent et la population alentour est contrainte de s’adapter par ses propres moyens. Des protections de fortune sont installées sur les entrées et les bottes redeviennent à la mode. Mais comment expliquer que les villes, d’autant plus dans ces régions, ne soient pas encore adaptées à ces crues ? Ici, c’est la question de la gestion de ces risques à l’échelle politique qui se pose. Si les scientifiques sont conscients de l’importance de ceux-ci, le sujet est encore largement ignoré par la sphère politique. Face à l’importance de l’actualité politique des derniers jours, ces crues resteront certainement un épisode cévenol un peu plus important que d’habitude avant que l’on retrouve les inondations d’hiver. Alors, celles-ci seront-elles suffisamment importantes pour être évoquées dans les débats du premier tour ? À l’heure actuelle, elles ne sont ni un sujet de débat ni même présentes dans les programmes. Si l’été caniculaire pèse sur les esprits et a eu sa place dans les débats (FranceInfo, 2026), les effets sont souvent de courte durée. En 2022, les fortes inondations et les coulées de boue n’avaient pas réussi à imposer le sujet dans les débats. Aujourd’hui, la seule proposition qui vise explicitement les crues vient des Écologistes et propose cinq jours de congés payés pour les victimes.

Alors, si le discours sur le réchauffement climatique se démocratise, si les climatosceptiques sont de plus en plus pointés du doigt et si l’été a pu alerter sur la gestion de l’eau, le risque climatique le plus important en France reste largement ignoré. Pourtant, sécheresse et inondations sont les deux versants d’un même problème, et l’une aggrave l’autre. À l’échelle locale, les idées d’aménagement disparaissent au même rythme que l’eau quitte les rues et, à l’échelle globale, la question de la climatisation prévaut sur celle du sèche-linge. Cependant, la météo ne fait pas campagne et l’automne pourrait annoncer des pluies encore plus importantes dans des logements toujours à risque. En somme, si la France a appris à parler du climat quand les rivières sont vides, il faut qu’elle apprenne à en parler lorsqu’elles débordent ; sinon, le premier risque naturel français restera absent de la présidentielle.

S'abonner maintenant

Partager

Laissez un commentaire.

Sur les réseaux

Lire sur la newsletter